MÉDITATION DU CRÉPUSCULE n°169 :Le cercueil ne connaît ni rang ni prestige
- Publié le juin 07, 2026
- CHRONIQUES
- par AGUIDI Gildas Jean Claude
Le crépuscule possède cette étrange vertu de dépouiller les hommes de leurs illusions. Lorsque le tumulte du jour s'apaise, lorsque les applaudissements s'éteignent et que les masques tombent, une vérité demeure, silencieuse mais implacable : nous sommes tous des passagers.
L'être humain passe pourtant une grande partie de son existence à se convaincre du contraire.
Il accumule des richesses comme s'il allait les emporter avec lui. Il recherche les honneurs comme s'ils pouvaient défier le temps. Il s'accroche à ses titres, à ses privilèges, à son pouvoir, comme si ces attributs avaient le pouvoir de le rendre différent des autres mortels.
Aujourd'hui encore, cette illusion prend mille visages. Certains passent leur temps à exhiber une réussite soigneusement mise en scène, cherchant dans le regard des autres la confirmation de leur importance. D'autres s'épuisent dans des rivalités familiales, des querelles d'héritage ou des luttes de pouvoir, persuadés que la victoire leur donnera une place particulière dans l'ordre du monde. Les réseaux sociaux eux-mêmes sont parfois devenus les vitrines d'une grandeur éphémère où chacun tente de paraître plus heureux, plus influent ou plus accompli qu'il ne l'est réellement.
Mais la nature ne reconnaît ni les décorations, ni les grades, ni les comptes bancaires.
Devant la mort, toutes les hiérarchies humaines s'effondrent.
Elle accueille avec la même indifférence le puissant et l'anonyme, le riche et le pauvre, celui qui commandait des foules et celui qui marchait seul. Dans l'obscurité de la tombe, les distinctions qui nourrissaient tant d'orgueil perdent soudain toute signification.
Cette pensée peut paraître rude. Pourtant, elle est peut-être l'une des plus libératrices qui soient.
Car si nous sommes tous appelés au même rendez-vous, alors pourquoi tant de mépris ? Pourquoi tant d'arrogance ? Pourquoi tant de haine entre des êtres qui partagent finalement la même fragilité ?
Combien d'hommes ont humilié leurs semblables parce qu'ils occupaient momentanément une position de force ? Combien ont fermé leur cœur aux souffrances des autres parce qu'ils se croyaient au-dessus du besoin, au-dessus de la douleur, au-dessus du destin commun ?
L'histoire humaine est remplie de personnages qui se croyaient incontournables. Ils parlaient comme si le monde ne pouvait tourner sans eux. Ils imposaient leur volonté comme si le temps lui-même leur appartenait.
Aujourd'hui, leurs palais sont devenus des ruines, leurs trônes sont couverts de poussière et leurs noms, parfois, ne survivent même plus dans la mémoire des hommes.Le temps est un souverain que personne ne renverse.
Certains hommes passent leur vie à construire un empire et n'ont même pas le temps de choisir la couleur du tissu qui couvrira leur cercueil.Beaucoup connaissent le prix de leurs biens, mais ignorent encore la date de leur dernier coucher de soleil.
Et pendant que nous nous agitons, que nous rivalisons, que nous cherchons à paraître plus grands que nos frères, quelque part, sans bruit, pousse déjà le bois qui servira à fabriquer notre cercueil.
Cette image a quelque chose de saisissant.
Pendant que nous faisons des projets pour demain, la nature prépare déjà notre dernier voyage. Pendant que nous construisons nos ambitions, elle poursuit son œuvre avec une patience que rien ne peut arrêter.
Pendant que des familles se déchirent pour des biens qu'elles finiront elles aussi par abandonner, pendant que des responsables s'accrochent à leurs fonctions comme si elles étaient éternelles, pendant que certains bâtissent leur réputation sur des apparences soigneusement entretenues, le temps, lui, poursuit sa marche sans ralentir.
Non pour nous effrayer.Mais pour nous rappeler l'essentiel.
L'essentiel n'est pas la hauteur à laquelle nous sommes montés, mais la manière dont nous avons traité ceux que nous avons rencontrés sur le chemin.
L'essentiel n'est pas le pouvoir que nous avons exercé, mais le bien que nous avons laissé derrière nous.
L'essentiel n'est pas ce que nous avons possédé, mais ce que nous avons donné.
Lorsque le dernier soir viendra, il ne nous sera pas demandé combien de personnes nous craignaient, combien nous applaudissaient ou combien nous enviaient. Ce qui restera, ce sera le souvenir de notre humanité.
Avons-nous relevé ceux qui étaient tombés ?
Avons-nous consolé ceux qui pleuraient ?
Avons-nous partagé lorsque nous avions davantage ?
Avons-nous aimé suffisamment pour laisser une trace dans les cœurs ?
Voilà les questions que le crépuscule murmure à ceux qui acceptent de l'écouter.
Car au bout du compte, la terre referme ses bras avec la même impartialité sur chacun de ses enfants.
Mais la mémoire des hommes, elle, se souvient toujours de la bonté.
« L'homme véritablement grand n'est pas celui qui domine les autres, mais celui qui n'oublie jamais qu'il partage avec eux la même destinée. »
Le Vieux Lion ,Jeannot IMBS